Article Bernard GASQUET

La gestion des situations critiques d’entreprise et la maîtrise du contexte de la performance sportive de haut niveau obéissent à des exigences souvent très comparables.  
Les passerelles sont nombreuses : Les réponses aux pressions qui assaillent les cadres en charge des décisions stratégiques ou même tactiques, font appels aux mêmes ressources que la préparation et la production de la performance imposent aux athlètes . La professionnalisation du sport donne même aux enjeux des connotations étonnamment voisines. 
Le clivage entre le physique et le mental s’estompe. La carrière d’un cadre d’entreprise et celle d’un champion sollicitent des qualités qui, sous des apparences trompeusement opposées, sont,  innées ou acquises, du même registre.  Que je m’adresse à l’un ou à l’autre, je pratique souvent instinctivement le même langage, moi qui ai connu ces deux mondes de hautes exigences, dévoreurs d’énergies mentales et physiques, et qui, si l’on n’y prend garde, et si l’on ne s’y prépare pas,  passent en un instant, des sommets aux abimes. 

Alors, pour que le management de sa propre vie dans l’entreprise ne devienne pas un sport de combat épuisant et destructeur, mais l’occasion et le support d’une forme d’épanouissement personnel, essayons de puiser dans les meilleurs modes de préparation des sportifs les élans et les prudences qui ont fait leurs succès. 


Je suis toujours très étonné des transcriptions que je peux faire dans un de ces deux mondes des exemples puisés dans l’autre. L’explication la plus convaincante que j’ai pu trouver tient dans l’aspiration de l’individu, quels que soient son mode d’expression et son terrain d’évolution, à se fournir à soi même en même temps qu’aux autres, la meilleure image physique, intellectuelle et mentale qui se rapproche de ses besoins les plus profonds. 


Dans l’entreprise, l’objectif collectif dépasse celui de l’individu. Mais sans la satisfaction du second, le premier ne subsiste pas longtemps. On a coutume de dire qu’un athlète de haute compétition est , et doit être, un égoïste forcené. Mais un athlète seul est aujourd’hui perdant d’avance. 
Nous verrons, au cours de ces journées de mises en situations physiques et mentales réalistes, comment l’individu peut devenir et rester performant, pour lui, pour les autres, en vivant des moments hors du commun. 

 

Pourquoi avoir choisi de puiser dans les situations du sport de haut niveau des ressources utiles au management des situations d’entreprise ? J’ai vécu, et je vis encore les deux exigences, et les passerelles m’apparaissent, à l’évidence,  de plus en plus nombreuses et de plus en plus praticables. Dans les deux sens, d’ailleurs !  
Ces deux mondes sont sans arrêt appelés à se mélanger sans toujours de discernement. Pour que ce mélange soit équilibré et profitable, identifions en les meilleurs passages.  


Exemple de situation : Un haut fonctionnaire se voit refuser l’accès à un poste prestigieux de fin de carrière, sans raison identifiable. La situation est pour lui une source de désespoir, d’impuissance, et de remise en cause de son image, et de son potentiel. Il n’y trouve aucune possibilité d’expression, ni de capacité à évoluer.  Un golfeur professionnel ne parvient pas à jouer correctement un trou du parcours sur lequel il perd chaque jour beaucoup de points, de temps et de confiance. Il n’y trouve aucun moyen d’y exprimer son vrai potentiel technique et n’y voit que freins et obstacles inhibiteurs. Les deux sont confrontés à un seul des aspects de la réalité de la situation, dont il pensent qu’il est le seul, car le plus imposant et le plus évident. Il ne s’agit en fait que d’une perception parmi d’autres, issue de croyances limitantes, ou de standards culturels. D’autres perceptions existent, certaines sont meilleures et permettent l’action et la sortie « par l ‘avant ». Leur potentiel réel et leur image ne sont pas en cause. Mais bien l’évaluation de la situation.  Le premier va regarder le job espéré d’un autre œil, plus critique, et il en trouvera un autre dans lequel il s’épanouira davantage que dans celui espéré. Le second va regarder le parcours d’une autre façon et va pouvoir trouver le moyen et le plaisir de jouer ce trou en s’appuyant précisément sur ses obstacles. Dans les deux cas, il est inutile de « forcer la porte ». Il leur faut trouver une « fenêtre » par laquelle percevoir l’image sous un autre angle …